Michel, qui es-tu ?
Je suis donc le directeur de mon agence de voyages au Vietnam, après une formation en archéologie et histoire de l’art dans la fin des années soixante, précédée d’études classiques j’ai aussi longtemps été un professionnel dans le domaine du cheval de sport (propriétaire d’un centre de dressage), puis j’ai repris les activités dans le transport maritime de mon père. Cette dernière activité m’a amené au Vietnam en 1988 où je suis resté. Changement de vie.
D’où est née ta passion pour le Vietnam ? Pourquoi le Vietnam ?
Tout d’abord j’ai rencontré ma femme ici. Nous avons travaillé pendant quelques années dans le domaine de l’artisanat de luxe pour des grandes marques françaises (chaussures, mode et décoration), cette activité nous a fait beaucoup voyager dans le pays à une époque où les déplacements étaient difficiles car conditionnés par des autorisations policières. Nous fumes donc de ce fait, ma femme et moi les premiers à pratiquer un « tourisme » de quête de matériaux et de produits pour nos activités (soie, tressage, bois, rotin, tissus traditionnels…..) et donc à découvrir le Vietnam profond et particulièrement les montagnes et les Hauts Plateaux. C’est là que nous avons pris conscience de la richesse du patrimoine vietnamien. Pour nous cette richesse réside pour sa plus grande part dans la diversité des populations (54), de leurs cultures et des paysages. Puis est venu aussi le goût pour l’histoire ancienne et récente.

Quand es-tu venu pour la première fois au Vietnam ? Dans quel contexte ?
Comme dit plus haut je suis arrivé en 1988, missionné par une compagnie maritime pour « renifler » le pays et juger des possibilités d’installations de lignes maritimes, d’activités portuaires et de transport en général.
Comment décrirais-tu le Vietnam par rapport aux autres pays d’Asie ?
Pour autant que je puisse comparer, car je n’ai pas une grande connaissance des autres pays, je dirais que le Vietnam est le plus chinois de l’ancienne Indochine. Nous sommes dans l’ancienne Indochine, entre les mondes indien et chinois, mais si on compare avec les voisins, tant par les bouddhismes que par l’application du confucianisme, Laos, Cambodge, Birmanie et Thaïlande sont des pays qui tirent plus vers le monde indien (ils utilisent d’ailleurs le sanscrit pour leur alphabet). Je pense également que le Vietnam offre une grande diversité de par son étendue du Nord au Sud.
Est-ce que tu as une région de prédilection ? Explique nous pourquoi.
Sans hésiter ce sont les montagnes du Nord qui ont ma préférence, même si j’ai aussi d’autres lieux de résidence comme une île dans le Centre ou encore Saigon dans le Sud.
Cette préférence tient bien sûr à la beauté des paysages mais surtout à la qualité des gens rencontrés, pour la plupart des minorités ethniques avec lesquels j’ai d’authentiques liens d’amitié pour ne pas dire de fraternité (j’ai même hérité d’un nom Yao et suis présenté aux interlocuteurs sous cette identité). Il est vrai que j’y développe beaucoup d’activités d’ordre solidaire (je n’aime pas trop le mot humanitaire un peu trop attrape tout) : installation d’équipements sanitaires dans l’habitat traditionnel, projets de reforestation, formation de professionnels du tourisme chez les minorités (Tay, Yao, Nung et Hmong).
Quelle est la meilleure saison pour voyager ?
Les demies saisons : Mars à Juin et Septembre à Novembre (sauf dans le Centre pour Novembre)
Décris-nous une expérience gravée à jamais ?
Lors d’un repérage sur le Chu Yang Sin, une montagne sacrée des Hauts plateaux où, pour les ethnies Edé, qui sont animistes, l’esprit de la terre vient affronter l’esprit de l’eau pendant la saison des pluies, nous avions marché pendant une journée et franchi deux rivières. Sur les pentes de cette montagne, nous avons croisé une famille Mnong. Le père les oreilles percées et détendues par les boucles pesantes en os de sanglier, en pagne, l’arbalète à la main, la mère et les filles en sarong, hotte dans le dos chargée de racines et de plantes nourricières ou médicinales. Tout le monde s’arrêta, se salua en pensant que cela n’irait pas plus loin. Soudain l’homme, d’une soixantaine d’années (évaluation difficile) nous interpelle : « il me semble que vous êtes Français ». Bien sûr je lui réponds et une longue conversation s’ensuit, plutôt, d’ailleurs un monologue de sa part dans lequel il raconte que dans le passé il avait été en contact avec des « falang », pendant la période coloniale, qu’il avait même été dans les bataillons indigènes. Il me demande une « gauloise », cigarette qui avait disparu sûrement du Vietnam depuis le début des années soixante (nous étions en 92), il se contenta de ce que je lui donnai. Puis vint un moment où chacun devait reprendre sa route. Je précise que nous étions dans l’une des zones les plus reculées du pays à plus d’une demi-journée de marche de la moindre piste praticable en moto. L’homme s’exprimait dans un français parfait, là était la surprise. Il nous invita à passer chez lui au retour de notre repérage, « ma maison est la vôtre » et comme conclusion à notre conversation, en faisant demi tour vers nous il nous dit : « surtout excusez-moi, cela fait si longtemps que je ne l’ai pas pratiqué, j’écorche le français ». Imaginez seulement la scène dans un décor de forêt, au milieu de nulle part, surtout très loin de la Tour Eiffel, des gens sortis d’une photo d’ethnologue sépia, parlant parfaitement notre langue.